« lun 14 avr - dim 20 avr | Page d'accueil | lun 28 avr - dim 04 mai »

jeudi, 24 avril 2008

La Chronique de Jacques le Réac'

 De mai 68 faisons table rase - II : La dialectique expliquée à mon chien

L'esprit de mai 68, c'est aussi les intellectuels de gauche - on dirait aujourd'hui : pléonasme - au nombre desquels figure l'inénarrable Jean-Sol Partre. On savait depuis Vian qu'il avait un coeur en forme de tétraèdre, mais on sait peut-être moins qu'il avait un cerveau en forme de bigorneau. Sachant cela, on comprend mieux les circonvolutions de cet esprit abscons - vous pouvez aussi écrire "abscons" sans préfixe, personnellement je m'en abs-tiendrai car il faut savoir politesse garder. Donc cet esprit, tout entortillé sur lui-même comme le gastéropode susmentionné , et perdu dans les brumes germanopratines du Flore, un oeil sur le comptoir, et l'autre dans le corsage de la Beauvoir, a accouché de quelques unes des plus belles pages d'anthologie philosophique - c'est ce que disent du moins ceux qui l'ont lu, qui se font plutôt rares mais qui restent toujours largement plus nombreux il est vrai que ceux qui l'ont compris, mais comme dit mon épicier arabe : c'est pas Sartre qui philosophe, c'est la poule qui fît los ôfs...

Donc parmi ces pages inoubliables, votre serviteur a sélectionné cet extrait tiré de la Critique de la raison dialectique (tome 2 - Chap. intitulé "l'intelligibilité de l'Histoire") :

"Il faut revenir à cette première vérité du marxisme : ce sont les hommes qui font l'Histoire ; et comme c'est l'Histoire qui les produit (en tant qu'ils la font), nous comprenons dans l'évidence que la "substance" de l'acte humain, si elle existait, serait au contraire le non-humain (ou, à la rigueur, le pré-humain) en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun." Commentez. Vous avez deux heures...

Devant la densité abyssale de ce texte magistral, on est pris d'un vertige nauséeux ; aussi ferons-nous appel à un expert du langage absurde pour en décrypter toutes les existentielles subtilités. Cette tâche ne pouvait qu'échoir à Pierre Desproges, dont on célèbre en ce moment l'anniversaire de la disparition. Ainsi donc, dans son opus Chroniques de la haine ordinaire II, le grand Pierre commence-t-il par convenir avec nous que "c'est pas très clair, "l'intelligibilité de l'Histoire". Il doit s'être glissé une ou deux coquilles dans ce texte. Il suffit peut-être de changer un mot ou deux pour que "l'intelligibilité" devienne intelligible. Exemple :

Il faut revenir à cette première vérité du marxisme : ce sont les chiens qui font ouah ouah : et comme c'est le ouah ouah qui les produit (en tant qu'ils le font), nous comprenons dans l'évidence que la "substance" de l'acte canin, si elle existait, serait au contraire le non ouah ouah (ou, à la rigueur, le pré-ouah ouah) en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun."

Voilà déjà qui fait plus de sens, comme on dit au Canada. Maintenant suivez bien le raisonnement : du chien à la puce, il n'y a qu'un pas, ou plutôt qu'un saut... cela donne donc, dixit toujours le grand Desproges :

Il faut revenir à cette première vérité du marxisme : ce sont les puces qui font l'ordinateur ; et comme c'est l'ordinateur qui les produit (en tant qu'elles le font), nous comprenons dans l'évidence que la "substance" de l'ordinateur, si elle existait, serait au contraire le non-puce (ou à la rigueur le pré-puce) en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.

C'est ce qui s'appelle tordre le cou à l'apparente contradiction dialectique, qu'assurément vous aviez, chers amis lecteurs, détectée dans ce texte. Personnellement, nous préférons conclure ainsi :

Il faut revenir à cette première vérité de l'existentialisme : c'est Sartre qui se fout de notre gueule : et comme c'est notre gueule qui le produit (en tant qu'il s'en fout) nous comprenons dans l'évidence que la "substance" de Sartre, si elle existait, serait au contraire le non-sartrien (voire le pré-cambrien) en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.

Sur ce, Amis de la philosophie, bien le bonsoir.

Jacques les Réac'