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mercredi, 16 avril 2008
Les Lettres Perçantes - 1 - De la liberté d'expression
Lettre d’Omar à Ibrahim
Mon cher cousin,
Quelle agitation en ce moment dans notre belle capitale ! Téhéran vit cette semaine au rythme de la Conférence Internationale organisée par notre nouveau Président : partout l’événement est à l’affiche, les étals des libraires s’emplissent de quantités d’ouvrages traitant du thème de la conférence ; et une foule d’historiens, d’intellectuels et de journalistes, escortés par des cohortes de policiers s’est abattue comme une nuée d’abeilles sur le Palais des Conventions pour s’y enfermer pendant une semaine, comme si Téhéran était soudain devenu le dernier salon à la mode où l’on s’entretient des grandes questions du monde. Rien à ce jour n’a filtré des discussions : il faut dire que le thème en est singulier: « L’Holocauste est-il un mythe ou une réalité ? »
Je ne connais ma foi rien à l’Histoire, et encore moins à la politique, mais il me semble qu’en vérité l’on en fait beaucoup mystère, et ce qui est plus mystérieux encore à mes yeux, c’est de savoir pourquoi l’on a attendu soixante ans pour se pencher officiellement sur la question, et pourquoi venir à Téhéran pour cela quand en France, vous avez toute liberté d’expression : vous pouvez discourir à loisir sur les chambres à air ou sur les chambres à coucher ?
Quoi qu’il en soit, cela prouve - n’en déplaise aux Français inventeurs de cette formule - que l’on peut avoir du pétrole et aussi des idées ! Et d’ailleurs, depuis le début de la Conférence, mon petit restaurant n’a pas désempli : ne pourrait-on encore faire durer quelque temps les débats, car cette question me semble être de la plus haute importance…
Ah oui, il y a aussi cette proposition de notre Président, afin de régler le problème de nos frères palestiniens : déplacer Israël en Europe : apparemment l’idée n’a pas plu aux Européens : pourtant j’avais cru comprendre, avec l’entrée programmée de la Turquie, qu’ils voulaient élargir leur Union vers le Levant ; les hommes politiques ont parfois de ces lubies ! Si tu veux mon avis, ne vaudrait-il pas mieux, à tout prendre, déplacer Israël aux Etats-Unis : ce grand pays, qui n’a eu de cesse de soutenir Israël, est assurément le mieux préparé à recevoir ce peuple, puisqu’en réalité, c’est lui, dit-on, qui en tient les rênes…
Sur ces considérations, je te laisse, et demeure
Ton Bien Dévoué,
Omar.
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